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Ministres drômois

Différents auteurs

 

Éd. AUED, Études Drômoises, revue trimestrielle, résumés regroupés ici.  

 
  Sur le thème des drômois ayant été ministres, plusieurs articles de différents numéros sont regroupés ici .
Pour chacun, vous trouverez les références qui vous permettront de retrouver l'article en question
dans la collection d
'Études Drômoises.
 
Joseph Servan   par Laurent Jacquot, ED N° 36 de décembre 2008, pages 5 à 7
Joseph Payan   par Claude et Michel Seyve, ED N° 36 de décembre 2008, pages 8 à 10
Jean-Pierre Montalivet
  par Jean-Claude Banct, ED N° 36 de décembre 2008, pages 11 à 14
Latour Maubourg  par Jean-Claude Banc, ED N° 37 de mars 2009, pages 4 à 6
Jean-Jacques Baude   par Philippe Bouchardeau, ED N° 37, pages 7 et 8
Camille Montalivet   par Jean-Claude Banc, ED N° 37, pages 9 à 11
Louis Bonjean   par Philippe Bouchardeau, ED N° 37, pages 12 à 14
Eugène Chevandier   par Jean-Noël Couriol, ED N° 37, pages 15 et 16
René Bérenger   par Jean-Noël Couriol, ED N° 37, pages 17 et 18
Frédéric Farre  par Claude Magnan, ED N° 37, page 19
Émile Loubet   par Jean Lovie, ED N° 37, pages 20 à 23
Maurice Faure  par Philippe Bouchardeau, ED N° 38, pages 3 à 6
Maurice Long   par Robert Serre, ED N° 38, pages 7 à 9
Léon Archimbaud  par Jean-Claude Daumas, ED N° 38, pages 10 à 12
Émile Lisbonne  par Jean Laget, ED N° 38, pages 13 à 15
René Brunet   par Jean Besson et Alexandre Vernin, ED N° 38, pages 16 et 17
Jules Moch par Annie Mazuray, ED N° 39, pages 6 à 10
Marius Moutet    par Freddy Martin-Rosset, ED N° 39, pages 3 à 5
Maurice-René Simonnet   par Paul Sauvajon, ED N° 39, page 11
Maurice Pic   par Jean-Noël Couriol, ED N° 39, pages 12 à 14
Georges Fillioud   par Lucien Dupuis, ED N° 39, pages 15 à 19
Hervé Mariton   par Jean-Noël Couriol, ED N° 39, pages 20 et 21
Bruno Durieux   par Henry Fuoc, ED N° 39, pages 22 et 23

 

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Joseph Servan, un romanais ministre de Louis XVI
Laurent Jacquot

Le destin de Joseph Servan est un de ces parcours hors du commun dessinés par la Révolution française.
Né en 1741 à Romans, fils d’un receveur des tailles, rien ne le prédestinait à devenir ministre de la guerre en 1792. Bien que reçu au séminaire, il s’engage dans l’armée et poursuit une carrière d’officier. Influencé par la philosophie des Lumières, il rédige un manifeste sur l’organisation de l’armée, Le soldat citoyen, il prend parti contre l’esclavage, envisage l’abolition de la peine de mort.
Mais son avenir militaire piétine et il se range aux idées de la Révolution dès 1790-1791. Soutenu par Brissot, sous la Législative sa carrière repart et, en 1792, il se retrouve maréchal de camp (général de brigade), appelé au Ministère de la guerre. Après un épisode violent en pleine assemblée, où il s’oppose à Dumouriez, Servan se retrouve écarté.
Mais le processus révolutionnaire s’accélère et il retrouve son poste. Il nomme Kellerman à la tête de l’Armée de Metz, qui va, le 20 septembre, remporter la bataille de Valmy.

 
 

Mais il est aussi au cœur des rivalités entre Brissotins-Girondins et partisans de Danton-Robespierre, finalement il démissionne. Le 2 juin 1793, les députés girondins sont arrêtés, Servan est emprisonné, destitué de ses grades, ses biens sont confisqués et durant quinze mois il attend un jugement dans la prison parisienne de l’Abbaye. La chute de Robespierre lui permet d’être réhablité et sa carrière militaire reprend, au gré de ses divers ralliements, jusqu’en 1807 où il prend sa retraite sous Bonaparte.
Difficile d’affirmer que Servan a été un « grand » ministre de la guerre, pas plus d’ailleurs qu’un « grand » général. C’était surtout un honnête homme dont le manque de caractère allait de pair avec ses qualités humanistes refusant les extrémismes, les injustices et qu’on pourrait peut-être décrire comme un républicain monarchiste ?

 
   
 

 

 

 

Joseph Payan
C. et M. Seyve

 

 

Né en 1759 à Saint-Paul-Trois-Châteaux dans une famille d’avocats, son ascension est rapide. Conseiller à la Chambre des comptes à Grenoble, maire de Saint-Paul, puis procureur général syndic de la Drôme, il se retrouve parisien, à l’Instruction publique dès 1794.

La question de l’école passionne et les débats ayant accompagné le décret, voté par la Convention en 1793,  instituant des écoles primaires d’État, est connu de Payan à son arrivée au ministère. Aidé de ses deux principaux collaborateurs, Jullien et Fourcade, il se met au travail.
Et la création des premières écoles primaires décentralisées, obligatoires, gratuites pose des tonnes de problèmes plus épineux les uns que les autres ! Il faut des locaux, du matériel, des enseignants et en ces périodes de guerre et de violents conflits intérieurs, comment faire appliquer ces décisions ?
 

 

 

 
 

La musique, l’instruction civique, le nouveau système de poids et mesures, la poésie, la recherche… tout est abordé et certaines idées déboucheront un peu plus tard sur la création, sous la Révolution, de deux grandes écoles : l’ École polytechnique et l’École normale.
Payan apparaît incontestablement comme un des grands acteurs de son époque, au sommet de la Convention montagnarde.
Notable avant toute chose, il termine sa vie en 1849, à 89 ans, comme maire d’Alixan sous le règne de Louis-Philippe !

 
   
 

 

 

 

 

 

Jean-Pierre Montalivet
J.-C. Banc

 

Jean-Pierre Bachasson de Montalivet, fils d’un maréchal de camp, naît à Neukirch près de Sarreguemines en 1766. En 1779, à la mort de son père, sa mère et lui viennent s’installer à Valence. En août 1785 il est reçu avocat au barreau de Grenoble puis est nommé conseiller au Parlement du Dauphiné. À Valence, il rencontre souvent Bonaparte.
La période qui suit, très troublée, le voit occuper successivement plusieurs postes importants, jusqu’à son mariage, en 1797, avec sa cousine Adélaïde de Saint-Germain, fille d’un riche fermier général.
Après Brumaire, il rallie tout naturellement Bonaparte, occupe plusieurs postes de préfet et en 1805, entre au Conseil d’État, devient directeur général des Ponts et Chaussées puis finalement ministre de l’Intérieur en 1808, s’attirant par là la jalousie de Fouché.

 
 

Montalivet croule sous le travail, malgré ses qualités d’organisation, mais cela ne l’empêche pas de s’occuper aussi de la Drôme où, par exemple il lance la construction de digues en maçonnerie pour protéger Valence des crues du Rhône. Installé au cœur du pouvoir, Montalivet saura toujours réserver bon accueil aux Drômois venus le solliciter.
Durant toute cette période, il est l’ordonnateur de grands travaux d’embellissement de Paris voulus par Bonaparte.
À la fin de l’Empire, il se retire dans son hôtel de l’île Saint-Louis, puis sous la seconde Restauration dans ses terres du Berry. Malade, triste et las, il reprend néanmoins du service lorsque Louis XVIII lui restitue son titre de Pair de France.

Il décède en 1823 dans le Cher, et dès lors de multiples hommages lui sont rendus, non seulement par les administrations locales et nationales qui donnent son nom à toutes sortes d’édifices, mais encore par Bonaparte lui-même, pourtant généralement avare de compliments.

 
 
   
 

 

 

La Tour Maubourg
Jean-Claude Banc

 

 

Issu de l’ancienne et illustre famille des seigneurs de Fay en Velay, le futur ministre de la guerre de Charles X naît le 22 mai 1768 à La-Motte-de-Galaure.

Il embrasse la carrière militaire, gravit rapidement les échelons et intervient pour protéger la reine contre la populace parisienne, le 6 octobre 1789.

Les aléas de cette période troublée le voient finalement partir en mission en Égypte pour Bonaparte. Blessé gravement, il revient en France où il se marie en 1804. Il participe aux campagnes napoléoniennes (Austerlitz, Iena, Deppen, Friedland). Il fait la campagne de Russie, puis en 1813, celle d’Allemagne où il a une jambe arrachée par un boulet !

 
 

Mais il n’oublie jamais ses nobles origines et embrasse avec assurance la restauration des Bourbons. Durant les Cent jours, La Tour Maubourg restera prudemment à l’écart de tout engagement compromettant. Admis à la retraite en 1815, il vote la mort du maréchal Ney, son ancien compagnon d’armes.

Le 19 novembre 1819, La Tour Maubourg remplace le maréchal Gouvion Saint-Cyr au ministère de la guerre et s’attache de toutes ses forces à poursuivre et consolider l’œuvre de son prédécesseur. En septembre 1824, farouchement légitimiste, il accompagne Charles X qui accède au trône à la mort de Louis XVIII. En 1830, lors de l’abdication de Charles X, La Tour Maubourg démissionne de ses fonctions, puis accompagne l’ex roi en exil en Écosse.

Rentré en France en 1848, après la chute de Louis-Philippe, il meurt en 1850 au château de Farcy-lesLys en Seine et Marne.

Son nom est inscrit au côté sud de l’Arc de triomphe et il reste le seul Drômois à avoir donné son nom à l’une des 305 stations du métro de Paris.

 
 
   
 

 

Jean-Jacques Baude
P Bouchardeau

 

Né à Valence, le baron Jean-Jacques Baude a été sous secrétaire d’État au département de l’intérieur du 10 novembre au 26 décembre 1830.

Juriste de formation, comme son père, sa carrière s’oriente autrement : contrairement à son père, considéré comme un fidèle de l’empereur, Jean-Jacques acclame les Bourbons en 1814.

La complexité des évènements durant cette période le voit perdre ses fonctions et il se retrouve journaliste d’opposition, collabore activement au journal Le Temps à une époque où la presse se constitue en quatrième pouvoir. Mettant ses idées en application, Jean-Jacques Baude signe la fameuse protestation des journalistes contre les ordonnances de Saint-Cloud de Charles X de juillet 1830. L’affrontement, devant les bureaux du Temps, avec la police, consacre le nouveau pouvoir de la presse.

Nommé secrétaire de la commission municipale de la ville de Paris, en pleine effervescence révolutionnaire, il est chargé de l’approvisionnement et du ravitaillement. À partir de là, sa carrière s’emballe : c’est alors qu’il se retrouve sous secrétaire d’État du ministre Montalivet, mais pour moins de cinquante jours !

Sa carrière se poursuit en tant que conseiller d’état et député. Mais sa grande liberté de parole en fait un personnage incontrôlable, impliqué dans divers affrontements et polémiques.

À la fin de son mandat de député de la Loire, en 1846, il renonce à la vie politique active pour se consacrer à travaux qui lui valent d’être élu membre de l’Académie des sciences en avril 1859. Il meurt à Paris, le 7 février 1862, après une longue carrière administrative et politique.

 
         
   
         
 

 

 


Camille Montalivet
JC Banc

 

 

 

Camille Bachasson Montalivet naît le 24 avril 1801 à Valence. Son père étant devenu ministre de l’intérieur de l’empereur, il fait de brillantes études à Paris. Il entre à L’école Polytechnique en 1820, en sort major de sa promotion et intègre le corps des Ponts et Chaussées. Aux décès de son père et de son frère aîné, en 1823, il hérite du titre de comte et de celui de Pair. Le 9 août 1830, il est un des premiers à reconnaître le gouvernement issu de la Révolution. Soutenant sans faille Louis Philippe, cette fidélité lui vaut le portefeuille de l’instruction publique et des cultes sous le gouvernement de Casimir Périer. Au centre d’une violente polémique avec l’opposition, il résiste et parvient à faire voter la loi du 2 mars 1832 fixant le montant de la liste civile. Au décès de Casimir Périer, il se retrouve ministre de l’intérieur. Mais la nomination du maréchal Soult à la présidence du Conseil le pousse à démissionner. Il devient un temps intendant général de la Liste Civile. En 1836, lorsque Adolphe Thiers le lui demande, il revient au ministère de l’intérieur. Après un brève interruption, il retrouve ce poste pour la quatrième fois, imposé par Louis Philippe.

 
 

Il s’illustre par un nombre important de mesures dans des domaines divers.

Lors de nouveaux bouleversements politiques, en 1839, il abandonne définitivement la vie politique pour se consacrer à ses fonctions d’intendant de la Liste Civile.

Sous le second Empire, Montalivet accentue son évolution républicaine, publiant des lettres et des brochures. Il n’oublie pas sa ville natale, jouera un rôle déterminant dans l’érection à Valence de la statue consacrée à son père en assumant l’essentiel de son finacement.

L’hiver 1877-1878 lui fait pressentir une fin prochaine et veut, comme son père, finir ses jours au château de Lagrange, dans le Cher. Dernier hommage que lui voue la classe politique, il est élu, malgré son grand âge, au poste inamovible de sénateur par 153 voix sur 156 votants.

Il décède dans le Cher, le 4 janvier 1880, à 79 ans.

 
         
   
 

 

Louis Bonjean
P Bouchardeau

 

 

Né le 4 décembre 1804 à Valence, il est issu d’une famille originaire de Savoie. Orphelin à 16 ans, il fait son droit à Paris et en 1838 il achète une charge d’avocat au conseil du roi.

Il entre en politique à 44 ans, en 1848, où il est élu représentant de la Drôme. Il prend place à la droite de l’Assemblée et défend les conservateurs catholiques. Cela explique peut-être sa défaite aux élections législatives de 1849. Juriste éminent, il se rapproche de Louis Napoléon Bonaparte, qui fait appel à lui comme ministre de l’agriculture et du commerce du 9 au 24 janvier 1851. Mais dans l’esprit du président, il ne s’agit que d’un gouvernement provisoire, en attendant que l’Assemblée ait retrouvé ses esprits…

Favorable au coup d’état, il applaudit l’avènement du nouveau pouvoir et devient sénateur. Au Sénat, porte parole des catholiques conservateurs, il est en même temps fervent partisan d’un gallicanisme teinté de laïcité. En 1862, dans un discours retentissant, il fait le procès du pouvoir temporel de l’église. Actif autant qu’éclectique, il multiplie les rapports, etudes, brochures sur des sujets variés, mais se montre extrêmement prudent dans leurs conclusions : il se place dans une position de technicien du droit, dont la fonction est de conseiller le pouvoir. C’est en fait plus la fonction de législateur et de juge qui passionne Bonjean.

Le 4 septembre 1870, resté à Paris, il prend part comme simple garde national à la défense de la capitale assiégée. Arrêté par les communards, il est enfermé à la Roquette. Après avoir passé 64 jours au secret, il est fusillé à Paris le 24 mai 1871.

En baptisant en 1973 une rue « Louis Bonjean, magistrat, 1804-1871 », la ville de Valence, en lien avec le renouveau de la faculté de droit, a voulu garder le souvenir du jurisconsulte plus que du politique.

 

 

 
         
   
 

 

 

 

 

Eugène Chevandier
JN Couriol

 

 

 

Originaire de Savoie, puis fixée dans le Grésivaudan, cette famille de marchands comptait plusieurs branches dont l’une s’était installé à Valdrôme depuis le XVIIe siècle.

Jean-Pierre Eugène Napoléon est né le 15 août 1810, jour de la saint Napoléon. Ce sera une riche personnalité, présentant quatre facettes successives.

Un savant…  entré en 1831 à l’école Centrale des arts et manufactures, il aurait pu poursuivre une carrière scientifique. Nommé directeur du laboratoire de chimie de l’école, membre de la Société d’Agriculture, membre de la Société Naturaliste de Moscou, il voyage dans toute l’Europe industrielle. Et devient un spécialiste reconnu en sylviculture.

Un maître des Forges… Il abandonne rapidement Centrale pour se consacrer à la direction de la verrerie familiale. En 1848, il devient administrateur de la manufacture de Saint-Gobain et de la Compagnie des Chemins de Fer de l’Est. Sa fortune est colossale.

Un homme politique… entré au conseil général de la Meurthe, il est élu au corps législatif en 1859, puis réélu en 1863 et 1869. Quoique candidat officiel de l’Empire, il réclame rapidement une évolution du régime, dénonçant ses aspects autoritaires et critiquant la politique italienne de Napoléon III. Il accède à la vice présidence de la Chambre en 1869.

Un ministre de l’Intérieur à poigne… Le 2 janvier 1870, il entre au cabinet de son ami Émile Ollivier et se retrouve pour 7 mois ministre de l’Intérieur. Il va y faire preuve d’une grande fermeté et d’une fidélité totale à l’Empereur. Au début du mois d’août, il avait même un projet détaillé pour réprimer dans l’œuf l’agitation révolutionnaire de Paris, dont il voyait bien qu’elle menaçait le régime même. Mais les défaites militaires contre la Prusse ne lui laissent pas le temps de réaliser son coup de force.

Revenu définitivement à la vie civile, il partage son temps entre Paris et la Lorraine. Il meurt à Paris, sans héritier, le 2 décembre 1878. Il n’y a plus de Chevandier de Valdrôme à Valdrôme, même si existe toujours la maison familiale.

 
         
   
         
 


René Bérenger

Jean-Noël Couriol

 

 

René Bérenger voit le jour à Bourg-lès-Valence, le 22 avril 1830 dans une famille bien connue de magistrats. Docteur en droit à 23 ans à Paris, après plusieurs postes, il termine sa carrière juridique en devenant avocat général à Lyon en 1867. Il participe activement aux évènements de la chute du Second Empire, et lors des élections de février 1871, il se retrouve député de la Drôme.

Le 19 mai 1873, Casimir Périer lui confie le portefeuille des Travaux Publics, mais la chute de Thiers, le 24 mai, lui fait perdre ce maroquin au bout seulement de 6 jours !

Le 16 décembre 1875, la Chambre en fait un sénateur inamovible pendant trente ans, jusqu’à sa mort. Classé « Centre-gauche », la faction la plus à droite des Républicains de l’époque, il se montre conservateur et même réactionnaire, voire rétrograde. On le retrouve sur tous les fronts pour limiter et s’opposer aux avancées sociales, syndicales ou de la Presse.

Curieusement, dans son domaine professionnel de juriste, ses initiatives sont en revanche franchement novatrices. Son action en matière de législation pénale vise à humaniser la détention, à éviter la récidive, sans négliger le difficile problème de la réinsertion.

Bérenger recevra la juste récompense de ces travaux en étant élu à l’Académie des Sciences Morales et Politiques en 1890, à l’âge de 60 ans.

Mais si Bérenger est bien connu des juristes, c’est une chanson, fameuse, qui le rend définitivement populaire. Classique des soirées « corps de garde » et « carabins », elle fustige « Le père la Pudeur » qui dénonçait et traquait impitoyablement ce qu’il jugeait être licence, pornographie et débauche. Même Zola n’échappe pas à sa vindicte.

Ce qui n’empêche pas Monsieur Bérenger de mourir à 85 ans, dans son magnifique château d’Alincourt, dans l’Oise… car le sénateur ne répugnait pas à vivre dans le luxe.

 


 
         
   
         
 

 

 

 

Frédéric Farre

C Magnan

 

 

 

 

 

 

Jean Joseph Frédéric Farre nait à Valence, le 16 mai 1816, de Jean-Jacques, garde général des forêts et de Reine Françoise Albert. Brillant élève, il entre à Polytechnique puis intègre l’École d’Application de Metz. Sa carrière militaire dans le génie l’emmène en Algérie, où en 1853, il s’occupe des fortifications d’Oran, de Constantine.

 
 

Après divers postes en France entre 1863 et 1870, la guerre le trouve directeur du génie à Lille puis général de brigade. Choisi comme chef d’État major par Bourbaki, il est chargé de plusieurs missions dont il s’acquitte favorablement. La signature de la paix de Versailles, en 1871, stoppe sa carrière. Il est alors rétrogradé au rang de général de brigade, alors que les officiers nommés en même temps que lui conservent leur grade. Sans doute sa « mauvaise » ligne politique ?

Rappelé en 1872, plusieurs missions de haut niveau lui sont confiées en France, où les généraux monarchistes écartés laissent des places libres.

Il occupe les fonctions de gouverneur de Lyon lorsqu’il est appelé comme ministre de la guerre dans le cabinet Freycinet (27 septembre 1879), poste qu’il conserve sous le cabinet suivant de Jules Ferry. Son passage est marqué par différentes réformes visant à améliorer le fonctionnement de l’Armée. Mais ce haut poste lui attire beaucoup d’ennemis parmi les conservateurs : certaines décisions de renouvellement des cadres, la participation de l’Armée aux mesures contre les congrégations…

Il quitte le ministère de la Guerre en 1880 pour devenir membre inamovible du Sénat.

Il meurt à Paris, le 24 mars 1887, après 52 ans de service, dont 17 campagnes.

 
         
   
         
 



Émile Loubet

J Lovie

 

 

Depuis la Révolution française, jamais la République n’a eu le temps de « faire ses preuves ». Les épisodes napoléoniens et monarchiques se sont partagé le pouvoir presque sans interruption. La IIIe République, née du désastre militaire de Sedan, peinait à s’imposer : nostalgies royaliste, légitimistes ou orléanistes, amertumes bonapartistes, états d’âmes de l’église digérant mal la séparation d’avec l’État… Le décès rocambolesque du président Félix Faure, le 16 février 1899, oblige les parlementaires républicains à serrer les rangs et à agir vite : deux jours après, le président du Sénat, Émile Loubet se retrouve investi de la fonction.

Il lui reste à faire face et il va y apporter toute son énergie et toutes ses qualités d’honnête homme : esprit de conciliation, tolérance, justice, humanité à quoi on peut ajouter courage, sang-froid et par-dessus tout, une inébranlable foi républicaine.

Né à Marsanne, le 31 décembre 1838, il fait des études de droit à Paris et revient s’inscrire au barreau de Montélimar. Élu conseiller municipal, puis conseiller général, il devient maire de Montélimar en 1870, fonction qu’il occupera sans discontinuer. Député, deux fois réélu, puis sénateur, ces mandats électifs sont interrompus par des responsabilités ministérielles. En 1887 il est ministre des Travaux Publics, en 1892 président du conseil détenant le poste de l’Intérieur, puis ministre de l’Intérieur de nouveau en 1893.

Mais ce qui frappe dans l’homme c’est cette simplicité, ce sentiment d’être proche de la population, de ne pas lui mentir, l’amour du terroir, des racines.

Pour la première fois, la République a vu son président aller au bout de son mandat jusqu’au 18 février 1906, où il transmet ses pouvoirs à Armand Fallières.

Il a permis à la République de prendre, en quelque sorte, sa vitesse de croisière.

 


 
         
   
     
 

Portrait de Maurice Faure (Fonds Mémoire de la Drôme)
 



Maurice Faure

Philippe Bouchardeau

Pour devenir ministre sous la troisième république, il faut avoir exercé un mandat électif. Maurice Faure répond bien à cette condition : d’abord député puis sénateur, il fut aussi maire et conseiller général. Ses talents d’orateur le faisaient écouter. Mais c’est sa légitimité républicaine, forgée dès l’enfance au sein de sa famille, à Saillans, qui lui assure une appartenance politique ferme, dans le parti radical. Son intérêt pour l’instruction publique en fait un spécialiste, en particulier pour ses aspects budgétaires, dont il est souvent le rapporteur à la Chambre des députés comme au Sénat.

Le deuxième ministère Briand lui offre l’opportunité du ministère de l’instruction, car l’ardent radical qu’il est saura défendre la laïcité. Son appartenance à la franc-maçonnerie lui est reprochée par l’opposition, d’autant que ce gouvernement bat des records de participation des francs-maçons.

Parmi les mesures qu’il prend, beaucoup sont en faveur des instituteurs, les hussards noirs, à la pointe du combat laïc, se devaient d’être défendus par leur ministre. Mais plus encore que des mesures concrètes, c’est son action continue pour la défense du socle républicain et laïc de la République qui motive ses actes.

Fortement attaché à ses racines drômoises, il revendique hautement son identité provinciale et provençale et cela s’exprime par sa fidélité au patrimoine linguistique. Il se fait le chantre du Midi à l’occasion de ses nombreuses interventions et discours.

Cette proximité avec son électorat fait que même ceux qui ne partagent pas ses idées lui sont reconnaissants de ses actions en faveur des drômois. La légitimité du notable est d’abord personnelle, sa légitimité électorale est presque secondaire.

Au début de l’année 1911, la question religieuse s’exacerbe. Une trop courte majorité dans ce domaine incite Aristide Briand à faire parvenir la lettre de démission de son gouvernement, fin février 1911.

Il ne sera plus rappelé à aucun poste.

 

 
   
 



Maurice Long

Robert Serre

 

 

Né le 15 mars 1866 à Crest, fils de propriétaires terriens, il va au lycée à Grenoble puis fait des études d’avocat à Paris. D’abord avocat, puis journaliste en tant que chroniqueur judiciaire, il devient ensuite substitut du Procureur de la République, puis à nouveau avocat.

Élu conseiller général de Crest-sud en 1892 à 26 ans, il est aussi député de la Drôme en 1910, jusqu’à sa mort en 1923.

Il s’intéresse aux colonies et devient membre de la commission des Affaires extérieures, des Protectorats et des Colonies.

Au déclenchement de la guerre, bien que non mobilisable, il s’engage et part au front. Blessé accidentellement, il revient au Palais Bourbon et s’y fait remarquer. Par décret du 13 décembre 1919, il est nommé gouverneur général de l’Indochine. Il embarque le 21 janvier 1920 avec sa femme et ses trois filles. Il réussit bien dans cette fonction grace à ses qualités d’administrateur, ses compétences internationales et sa politique d’apaisement à l’égard des indigènes. Il revient en métropole en 1922 à l’occasion de l’exposition coloniale.

Déjà usé par la fatigue et la maladie, après un bref séjour à Chabrillan au milieu des siens, il repart pour l’Indochine. Mais il ne terminera pas le voyage : le 15 janvier 1923, à 57 ans, il décède à Colombo, dans la colonie anglaise de Ceylan.

Après une cérémonie nationale officielle, il est ramené à Chabrillan où il est inhumé le 16 février 1923, au milieu d’une foule considérable.

Une souscription est ouverte en Indochine pour ériger un monument, en son souvenir, à Chabrillan. Implanté dans le cimetière, devant la porte de la chapelle, cette stèle est due à l’architecte parisien Reynaud et au sculpteur valentinois Bessat.

 




À Hanoï, en 1922, Maurice Long, gouverneur général de l'Indochine,
en compagnie du maréchal Joffre

 

 
   
 

Portrait de Léon Archimbaud (Fonds Mémoire de la Drôme)
 



Léon Archimbaud

Jean-Claude Daumas

Léon Archimbaud se retrouve sous secrétaire d’état aux colonies au sein du gouvernement Chautemps le temps qu’il soit mis en minorité (3 jours !) et doive démissionner.

Né le 23 septembre 1880 à Poyols, il entreprend des études de théologie qu’il abandonne. Élu député de l’arrondissement de Die pour le parti radical, il ne pourra siéger, n’ayant pas terminé son service militaire. Ce n’est qu’en 1919 qu’il est élu député du Dios et sera constamment réélu jusqu’en 1940. Il est aussi conseiller général de 1921 à 1940 et président de ce dernier de 1929 à 1938.

Mais indépendemment de cette présence locale, Léon Archimbaud a publié trois livres dont l’importance est indéniable :

En 1923  La conférence de Washington, ouvrage de 400 pages sur le traité naval de 1922.

En  1928 La plus grande France une synthèse inspirée par les huit années d’étude coloniales qu’il y a consacré au Parlement.

En 1937 L’avenir du parti radical, qu’il connaît bien pour en avoir été vice-président.

Mais c’est son action comme apôtre de la colonisation qui marque sa carrière politique. Passioné par cette question (influence de son ami et voisin Maurice Long qui fut gouverneur général de l’Indochine ?), il fut dès 1920 rapporteur du budget des colonies et à ce titre auteur de rapports extrêmement fouillés. C’est dans cette matière qu’il a puisé le contenu de La plus grande France.

Il y développe des idées souvent généreuses et pour certaines prémonitoires (il voyait la Chine comme un vaste marché de 400 millions d’habitants), bien que marquées de paternalisme.

La pensée coloniale de Léon Archimbaud – à replacer dans on contexte pour éviter le piège de l’anachronisme – illustre parfaitement les idées de l’entre-deux-guerres (1919-1939).

 

 
   
 



Émile Lisbonne

Jean Laget

Fils de Jules Lisbonne, avocat à Nyons, notable local, premier adjoint du maire, conseiller général, Émile est né le 20 février 1876. Il fait de très bonnes études au collège communal, passe son bac au lycée d’Avignon et intègre la faculté de droit d’Aix où il est un élève brillant. Après le décès de son père, en 1900, il doit assurer l’existence de sa mère et de ses deux sœurs. Sur le plan professionnel, il s’oriente vers la parquet et accomplit une espèce de tour de France au gré de ses affectations. À 38 ans, il s’engage en 1914 et se conduit avec bravoure. Sa fonction de magistrat lui vaut de siéger parfois dans des tribunaux militaires dont les jugements expéditifs le choquent profondément. Plus tard, devenu sénateur, il sera rapporteur d’une proposition de loi visant la création d’une cour spéciale de justice militaire.

Suite au décès du sénateur titulaire il se présente le 6 janvier 1924 dans la Drôme où il est facilement élu au second tour. Au sénat, il s’inscrit au groupe de la gauche radicale et radicale-socialiste. Il fait sérieusement son métier de sénateur, visite son département deux fois par mois et défend ses idées de liberté, de laïcité et de paix.

Très attaché à sa ville natale, il y a une maison où il passe ses congés en famille.

Le début des années trente est politiquement difficile : la crise économique, la grande instabilité parlementaire due à l’inadaptation de la vieille constitution de 1875, la montée des dictatures en Europe et le développement des ligues factieuses à l’intérieur rendent ingérable le gouvernement de la France.  Nommé ministre de la santé dans le gouvernement Sarraut, il n’a pas le temps d’engager d’action avant sa chute, un mois plus tard.

Il quitte alors le parti radical et rejoint les socialistes. Il est un des rares membres du Sénat à avoir soutenu le Front populaire dès le début. En 1938, les élections le voient rater sa réelection pour seulement 5 voix. Il ne lui retse plus que son mandat de conseiller général de Buis-les-Baronnies.

La guerre éclate et le régime de Vichy dissout les conseils généraux. Lisbonne, trop compromis avec la gauche, est assigné à résidence dans l’Aveyron et ne reviendra dans la Drôme qu’après la Libération.

En 1947 il est nommé membre du Conseil supérieur de la Magistrature et décède le 21 décembre de la même année.

 

 

Portrait de Émile Lisbonne  (Fonds Mémoire de la Drôme)
 
   
 


Mai 1938, inauguration du pont de Curnier
Brunet est le second en partant de la droite (Col. Claude Laget)
 



René Brunet

Jean Besson et Alexandre Vernin

 

Issu d’une famille modeste (son père était tonnelier), René Brunet fait de bonnes études avant de s’orienter vers le droit, ce qui l’amène à être chargé de cours à la faculté d’Aix Marseille.

La guerre interrompt son parcours. Mobilisé en août 1914 comme lieutenant il est blessé deux fois et après sa convalescence, demande à être officier d’état major. Il participe aux batailles de Verdun et de la Somme, devient capitaine et, en 1918, fait partie de ceux qui reçoivent la délégation allemande.

La guerre finie, il fait sien le pacifisme des anciens combattants. Il devient rédacteur à la revue La paix des peuples, obtient l’agrégation de droit public et se retrouve conseiller juridique à l’ambassade de France en Allemagne. Devenu théoricien et praticien en droit international, ses tendances pacifistes lui attirent pas mal d’inimitiés, on l’accuse de germanophilie. Cela explique probablement qu’il se rapproche de la SFIO dont le pacifisme affiché lui convient. Il appartient au courant modéré de ce parti et agit pour sa participation aux gouvernements radicaux. Parallèlement, il devient le leader de la gauche au conseil général de la Drôme et œuvre activement à son développement.

 
 

En 1936, il fait partie du gouvernement de Front populaire et en 1938, à la chute du gouvernement Blum, devient sous-secrétaire d’État aux finances.

Adepte de la diplomatie parallèle, René Brunet refuse de percevoir le danger que représente le régime nazi. Après la débacle et l’Armistice, il vote les pleins pouvoirs à Pétain et pendant 18 mois va s’inscrire ouvertement dans le jeu collaborationniste, nouant même des contacts avec l’occupant.

À la Libération il est contraint de s’exiler en Suisse. Radié définitivement du Barreau de Paris, déclaré inéligible par un jury d’honneur, il est poursuivi en juin 1945 devant la Cour de Justice de la Seine. L’instruction s’éternisant, il finit par être acquitté en 1949 mais décide de rester en Égypte où il s’était installé en 1949. C’est là qu’il mourra le 10 mars 1951.

 
   
 

Projet de pont sur la Manche
 



Jules Moch

Annie Mazuray

 

Jules Moch a fortement marqué la vie politique française des années 30 à la fin de la IVe république, en 1958.
L’ingénieur.
Élève brillant, il entre à 19 ans à Polytechnique, devient ingénieur dans la marine puis entre dans l’industrie privée. En 1963, il remet au gouvernement Pompidou un projet de pont routier et ferrovière sur la Manche. Mais c’est le tunnel, soutenu par la banque Rothschild, qui est retenu. Sa rigueur mathématique et la clarté de ses argumentations lui seront des atouts.
Le combattant et le résistant.
Mobilisé en 1914, affecté au Génie, il obtient la croix de guerre avec quatre citations.
Engagé volontaire dans la marine (il a 45 ans), il participe à la campagne de Norvège.

Arrêté et interné dans l’Indre par le régime de Vichy, à peine libéré il fonde, début 1941, le réseau 93 avec Pierre Stibbe. En 1942, il rejoint Londres et se retrouve chargé de mission par de Gaulle à Beyrouth et en Afrique noire. Il perd un de ses fils, assassiné par la milice et une partie de sa famille dans les camps de concentration.
 
 

Le militant socialiste
Il adhère en 1924 à la SFIO, dont il sera de longues années, membre de l’équipe dirigeante.
Homme d’une haute conscience, il s’oppose à plusieurs reprises à la ligne politique de son parti, par exemple celle conduite par Guy Mollet en Algérie. Toujours prêt à défendre la République, la démocratie et la laïcité, il ne transige pas avec l’intérêt général.
Le député : 35 ans de vie parlementaire
Il choisit Valence où se faire élire député (en 1928 ?). Il dépose plusieurs rapports et projet de loi, dont la création d’un Réseau National des Chemins de Fer, future SNCF.
Il devient avocat, trouvant absurde de faire des lois sans connaître celles existantes.
En 1932, il est réélu triomphalement et devient une des personnalités majeure de la vie politique drômoise. Mais en 1936 il n’est pas réélu, payant son engagement antifasciste, mais il retrouvera un fauteuil de député dans l’Hérault.
Le membre des gouvernements
De 1936 à 1940, il est successivement secrétaire général du premier gouvernement Blum, puis sous-secrétaire d’État à la Présidence du Conseil, ministre des Travaux Publics.
De 1945 à 1951, le voilà d’abord ministre des transports et des travaux publics, tâche énorme pour laquelle il apprend à piloter afin de faciliter ses déplacements !
De 1945 à 1950, il est ministre de l’Intérieur pour maintenir l’ordre républicain. Confronté aux grèves très dures de 1947 et de 48, il endosse la responsabilité d’une répression forcément mal vécue, ponctuée de plusieurs incidents graves.
Président du Conseil pendant 4 jours, puis ministre de la Défense Nationale chargé de bâtir une armée moderne, puis il se retrouve délégué permanent au désarmement, activité à laquelle il consacre toute son énergie.
Un bref retour à l’Intérieur pour prévenir une éventuelle invasion des paras de Massu

1958 : fin de la carrière ministérielle de Jules Moch, qui va se consacrer désormais à l’écriture.
 

Jules Moch (au centre), Christian Pineau et leur avocat

 
   
 

Portrait de Marius Moutet
 

Marius Moutet

Freddy Martin-Rosset

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parlementaire pendant plus d’un demi-siècle, Marius Moutet a été ministre sept fois entre 1936 et 1947.

Né à Nîmes en 1876, il fait ses études à Lyon, où il devient socialiste militant et avocat.

Dreyfusard enthousiaste, il approche ceux qui furent ses modèles : Jean Jaurès et Francis de Pressensé. Député du Rhône en 1919 et 1924, il est battu en 1928 mais se trouve appelé par la fédération de la Drôme du parti socialiste pour succéder à Jules Nadi à Romans. Réélu en 1932 puis 1936, la victoire du Front populaire en fait un ministrable.
Léon Blum lui confie le portefeuille des colonies, poste complexe pour lui car il était pris entre l’allié radical, chaud partisan de la colonisation et le partenaire communiste prompt à soutenir le moindre soubresaut indépendantiste.


 
 

Il s’appliqua donc à promouvoir, durant les vingt mois de son action ministérielle, une colonisation républicaine à base de « libération » et d’ « assistance ».
C’est de l’ère Moutet que datent la naissance d’un véritable code du travail outremer et la ratification de la Convention de Genève portant suppression du travail forcé. Parallèlement, un « grand programme de petits travaux » va améliorer les conditions de vie des indigènes.
Bien que limité dans ses réformes par un Sénat frileux, sa popularité franchit largement le périmètre de nos frontières coloniales.

La chute du gouvernement Blum et la parenthèse de la guerre et de l’occupation, furent, pour Marius Moutet, synonymes d’exil et de proscription.

La désignation, en 1946, du socialiste Félix Goin au gouvernement entraîne tout naturellement le retour de Marius Moutet qui va alors consolider ce qu’il avait entrepris avant la guerre.
Le remplacement de Goin par Bidault limite fortement son rôle et le retour de Blum ne suffit pas à le relancer.
Les militaires présents en Indochine brouillent les cartes, pressés d’en découdre. Parallèlement Madagascar s’insurge et le ministre doit laisser s’y déployer une répression féroce.
Taxé de laxisme par la droite et accusé de complaisance colonialiste par la gauche, Moutet doit partir. Il représentera la Drôme au sénat jusqu’à sa mort, en 1968, à Paris.

 

Remise de médailles
 
     
   
 

 


Portrait de Maurice-René Simonnet

 

Maurice-René Simonnet (1919-1988)

Paul Sauvajon

 

 

Formé pendant sa jeunesse dans la mouvance du catholicisme social, Maurice-René Simonnet, tout en poursuivant des études de droit, devient secrétaire général de la JEC (Jeunesse Étudiante Chrétienne).

Très jeune, il s’engage dans la Résistance et prône le refus du STO.

Il est élu député de la Drôme en 1946 et devient le plus jeune député de France, en même temps qu’il est nommé Chevalier de la légion d’honneur et obtient la Croix de guerre.
De 1946 à 1962, son action de député se développe sur trois plans :

          - Pour son département, où ses nombreuses interventions en permettent la modernisation

          - Au MRP, où ses positions étaient appréciées pour leur hauteur de vue, même si elles choquaient certains caciques du parti.

 
 

           - Au Parlement enfin, où il s’intéresse aux problèmes de l’éducation.

Battu aux élections législatives de 1962, il reprend ses études, passe l’agrégation de droit, enseigne à Lyon puis est nommé au Conseil constitutionnel

Robert Badinter, président de cette institution, dira à ses obsèques : « c’était un juste. Il savait être ferme et tolérant et croyait à la force de l’État de droit ».

À la fin de sa vie, il se retire dans sa maison de Donzère avec son épouse.

 
     
   
 

1985, à l'aéroport de Chabeuil, accueil du premier ministre Lauirent Fabius
 

Maurice Pic (1913-1991)

Jean-Noël Couriol

 

 

 

 

 

Né dans le Vaucluse, fils d’un instituteur rigoureux et laïque, il poursuit de bonnes études qui l’amèneront enseignant au lycée de Beauvais.

Affecté en août 1939 dans un régiment d’infanterie, il est fait prisonnier, s’évade en 1942 et regagne la France, nommé professeur au collège de Montélimar.

Le 30 août 1944, il est investi comme président du comité de libération de Châteauneuf-du-Rhône, commune dont il devient maire.
C’est le début d’une longue carrière politique.

Le conseiller général (1945-1985)

Élu conseiller général en septembre 1945, il y siégera sans discontinuer pendant 40 ans, dont trente ans de présidence.
Cette longue période verra la réalisation de très nombreux projets qui justifient l’attribution au département en 1979 du prix de la Vie Française de l’Expansion régionale et de la qualité de la vie.

Il est battu en 1985 à l’âge de 72 ans

 
 

Le sénateur et député (1947-1989)

Il devient en 1947 l’un des plus jeunes « conseiller de la République » (sénateur). Très actif, il intervient sans cesse dans les débats. Élu député de la Drôme en 1958, accomplit quatre mandats successifs avant de redevenir au sénat

Le maire de Montélimar (1959-1989)

Pendant trente ans, soit cinq magistratures successives, maurice Pic va marquer de son empreinte la ville de Montélimar, dont la population passe de 13 000 à 30 000 habitants.

Le secrétaire d’État (1956-1958)

De février 1956 à avril 1958, Maurice Pic participe comme secrétaire d’État à l’Intérieur, à trois cabinets ministériels successifs où il a répondu à de nombreuses questions orales ou écrites.
Les autres fonctions

L’ampleur des responsabilités assumées par Maurice Pic au cours de sa carrière publique sur le plan international, national et départemental ne manque pas d’impressionner.

Un caractère

Impressionnant ni par sa taille ni par ses traits physiques, il était pourtant un leader. Ses colères homériques, vraies ou simulées étaient célèbres, ainsi que sa totale incapacité à être à l’heure à ses rendez-vous.

Il décède le 30 janvier 1991, veille du déclanchement de la guerre du Golfe qui occulte en partie l’évènement. Sa tombe, au cimetière de Montélimar, voisine avec celle d’Émile Loubet.

 

Maurice Pic et Alain Savary inaugurent le lycée professionnel de Tain
 
     
   
 

 

 

Georges Fillioud, les pieds dans le PAF

Lucien Dupuis


 

 

 

 

« La communication audiovisuelle est libre ».

Une abondante législation

La loi du 29 juillet 1982, dite loi Fillioud, va révolutionner le paysage audiovisuel français, le PAF.
De 1981 à 1986, toute une série de lois mettent en place un nouveau fonctionnement de la communication : abandon du monopole d’État et création d’une Haute autorité, création de RFO et de RFI, mise en place du « plan cable », autorisation de la publicité pour les radios locales, création de deux nouvelles chaînes de télévision nationales, mise en œuvre d’un programme éducatif et culturel par le service public et bien d’autres mesures encore.

Le bilan de ces cinq années n’est pas mince, comme le précise en 1990 Annick Cojean, journaliste au Monde.
Cette libération, promise par les socialistes durant la campagne présidentielle, fut mise en place par Georges Fillioud.

 

La une de l'Impartial du 30 mai 1981
 
 

4 mars 1994, Georges Fillioud décoré de la légion d'Honneur par François Mitterand
 

Le proche de François Mitterand

Si Mitterand l’a choisi, c’est qu’il le connaît bien et depuis longtemps.
Dès 1966 il rejoint la Convention des Institutions Républicaines créée par Mitterand, qui le charge de l’organisation et de la propagande en 1971 après le Congrès d’Épinay.
Sa nomination comme ministre en 1981, bien que ne faisant pas l’unanimité, a été décidée par François Mitterand.

Romans fête son ministre

Dès le 23 mai 1981, le lendemain de sa nomination, une surprise attendait le nouveau ministre-maire de Romans : musique, haies d’honneur, discours de personnalités, tout y était pour manifester la fierté de la ville et de la population. L’hebdomadaire romanais L’Impartial, dans son édition du 30 mai, consacre un long article, intitulé Bal Ministre, aux réjouissances populaires.

Le Congrès de Valence

En octobre 1981, à Valence, Claude Estier, puis Georges Fillioud, annoncent fermement leur désir de changement, sans oublier de rassurer ceux qui craignent la main mise politique du nouveau pouvoir.

 
 

Du journalisme à la politique

Interdit d’antenne à Europe 1, alors qu’il est rédacteur en chef du service poloitique, pour avoir signé l’appel du Comité Jean Vilar pour l’union de la gauche, il entre en politique active et dès sa première campagne, se retrouve député en 1967 ! On connaît la suite.

L’homme de convictions

Son intransigeance n’est en fait que la fidélité à ses convictions et sa volonté de les voir se concrétiser. Ceux qui l’ont approché reconnaissent son honnêteté et sa capacité à écouter.

Cela n’a pas toujours été facile pour lui face à certaines décisions qu’il a dû prendre.

Redevenu simple citoyen, il assure diverses charges importantes, Conseil d’État, INA…

Sur le plan local, il a marqué le département, s’opposant souvent à Maurice Pic, notable socialiste qui « tenait » le Conseil général, et on peut dire qu’il a contribué à renouveler les pratiques politiques.

 
     
   
 



Portrait d'Hervé Mariton
 

 

Hervé Mariton, ministre pour cinquante jours

Jean-Noël Couriol

 

 

 

 

 

Hervé Mariton est né à Alger, le 5 novembre 1958 d’une famille de Français d’Algérie.

Rapatriement à Montélimar, études à Paris, lycée Louis-le-Grand, fac Paris IX Dauphine, Polytechnique, dont il sort ingénieur des Mines.
Il occuppe plusieurs postes de responsabilité au ministère de l’industrie.

Une longue carrière politique

Son parcours politique est compliqué : d’abord proche de Jean-Jacques Servan-Schreiber, il rejoint ensuite la droite « dure ».
Il se retrouve à l’UMP et soutient Dominique de Villepin.

Conseiller régional en Rhône-Alpes, il entre au conseil municipal de Valence mais ne peut supplanter Patrick Labaune.
Il devient député en 1993, battant le socialiste Henri Michel, réélu en 2002 et 2007. Il devient maire de Crest en 1995.
Sa personnalité ne fait pas l’unanimité, mais personne ne conteste son habileté médiatique, cette omniprésence agace ses adversaires et parfois ses amis.

 
 

Une figure de ministrable

Fidèle de Dominique de Villepin, il se voit offrir le portefeuille de l’Outre-Mer le 26 mars 2007.Il sait que les semaines lui sont comptées en cette période électorale et qu’il n’est pas maître de son emploi du temps : il expédie les affaires de la routine quotidienne d’un tel ministère.

Un modeste bilan

L’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence et la mise en place du gouvernement Fillon sonnent la fin de l’épisode ministériel pour Hervé Mariton.
Son passage n’a laissé que peu de traces publiques mais a probablement changé sinon son discours, du moins sa personnalité : il ne cache pas sa fierté d’avoir été un vrai ministre à la tête d’un ministère « souverain ».

Hervé Mariton est facilement réélu député en 2007 et maire de Crest l’année suivante : « Je suis plus crestois que ministre » avait-il déclaré sur FR3.

Pour le pouvoir à plus haut niveau, le voilà revenu, en quelque sorte, à la case départ.

 
     
   
 



Portrait de Bruno Durieux
 

 

Bruno Durieux

Henry Fuoc

 

 

 

 

 

 

 

 

Né dans la Sarthe en 1944, polytechnicien, il est aussi diplomé de l’École nationale de la Statistique.
Malgré un attrait pour l’art (bon violoniste et sculpteur reconnu), il s’oriente vers l’économie, devient Inspecteur Général des Finances, puis administrateur de l’INSEE.

Entrée en politique avec Raymond Barre

Conseiller de Raymond Barre qui vient d’être nommé ministre du commerce extérieur en 1976, il le suit à sa nomination de premier ministre en tant que chargé des questions économiques, budgétaires et financières.

Élu sur la liste UDF dans le Nord

En 1985, il entame une carrière politique dans le Nord, pays de sa famille.
Élu en 1986, puis réélu en 1988 à Lille-Ouest, sans étiquette mais soutenu par le CDS, il est dans l’opposition au Président de la République.
Sa carrière d’élu dans le Nord s’arrête en 1989.

Ministre d’ouverture sous François Mitterand

Michel Rocard, chargé de constituer le gouvernement, fait appel à diverses personnalités hors de la gauche et le 2 octobre 1990, il nomme Bruno Durieux, qui avait soutenu la candidature de Mitterand au second tour de l’élection présidentielle de 1988, ministre délégué auprès du ministre des Affaires sociales et de la Solidarité (Claude Évin).

Commence alors une période ministérielle qui dure deux ans et demi.

 
 

Trois grands problèmes

     - D’abord la grève des infirmières qui durera 7 semaines avec des péripéties parfois brutales ;
     - Puis la loi hospitalière de 1991 avec la mise en place d’un schéma d’organisation sanitaire

     - Enfin le dossier du sang contaminé

Le 3 juin 1992, Pierre Bérégovoy le nomme ministre délégué auprès du ministre de l’industrie et du commerce extérieur (Dominique Strauss-Kahn)

Professeur à Sciences-Po, émissaire personnel de Jacques Chirac pour le sommet du G7 en mai-juin 1996, les charges se succèdent pour lui

Maire de Grignan depuis 1995 il échoue aux cantonales de 1997, puis à celles de 2004, battu par le divers gauche Jean-François Siaud qui propose une aut-re organisation de la Communauté de communes.