Vous êtes ici : ---> Accueil ---> Contenu de la revue ---> Résumés d'articles ---> Femmes de la Drôme :  résistantes  
   
 

Femmes de la Drôme : résistantes

Différents auteurs

 
Ed. A.U.E.D Valence, Études Drômoises, revue trimestrielle, numéro N°26 de juin 2006 et 27 de septembre 2006
 

Odette Malossane, Etty  par Robert Serre
Yvonne Oddon par Robert Serre
Kiki Latry  par Jean Buisson
Nancy Bertrand par Robert Serre
Jeanne Barnier, une Juste par Jacques Delatour

 

 

La grotte de la Luire, en juillet 44
 

Odette Malossane
Grotte de la Luire
Robert Serre

Née le 27 juillet 1919 à Clérieux, elle obtient un diplôme d’infirmière à Paris.
Elle s’engage dans la Résistance et arrive le 10 juin 1944 comme infirmière major à l’hôpital  installé par le maquis à Saint-Martin-en-Vercors. C’était une belle jeune femme, chaleureuse, dont les blessés appréciaient la présence.
Lors de l’attérissage des planeurs allemands à Vassieux le 21 juillet, l’hôpital de campagne doit se replier vers le sud. Die ne pouvant les accueillir, le docteur Ganimède décide alors de cacher tout son monde dans la grotte de la Luire, sur la commune de Saint-Agnan-en-Vercors.
Malgré des conditions matérielles épouvantables, sur un sol inégal, sans lumière, dans l’humidité permanente, équipement rudimentaire, médicaments rares, l’hôpital fonctionne…
Mais le 27 juillet, les Allemands vont découvrir le refuge et c’est le massacre des blessés ; le personnel est emprisonné à Grenoble, puis à Lyon.

 

 

C’est ensuite la déportation, un voyage indescriptible qui durera 11 jours dans les conditions qu’on imagine et qui prend fin à Ravensbrück le 22 août 1944.
Ce camp, créé au départ pour des Allemands opposés au régime, réservé ensuite aux femmes, est devenu un des pires : les conditions d’entassement, le régime disciplinaire, tout y est identique à ce qui est infligé aux hommes.
On leur demande différents travaux, tous plus rudes les uns que les autres, dont la construction, en pleine forêt et par – 30°, d’un aérodrome en Poméranie. Dans cette situation, la présence chaleureuse d’Odette Malossane a été d’un grand secours à ses compagnes.
Au printemps 1945, l’avance des Alliés oblige les Allemands à regrouper les camps dans le centre de l’Allemagne, et c’est le retour à Ravensbrück.
Un témoignage permet de dire qu’Odette Malossane, Etty, est morte d’épuisement sous une tente, le 25 mars 1945. Sa tombe est à Beaumont-lès-Valence.

 


Odette Malossane

 
 

 


Yvonne Oddon

 

Yvonne Oddon
(1902 – 1982)
Robert Serre

 

 

Elle est née à Gap, dans une famille protestante originaire du Diois, le 18 juin 1902.
Diverses études, menées d’abord au lycée de Gap, puis en région parisienne, suivies d’un séjour en Angleterre et enfin d’une formation de deux ans aux Etats-Unis,
Nommée bibliothécaire en 1939 au Musée de l’Homme, son dynamisme et ses idées novatrices bousculent un milieu professionnel très masculin.
Yvonne, la huguenote, résistante dans l’âme, a contribué à la création à Paris dans l’été 1940, d’un des tout premiers réseaux de Résistance en France. Liée sentimentalement à l’anthropologue Anatole Lewitsky, réfugié russe, elle œuvre à toutes les activités dévolues à un réseau.

 

Le 10 février 1941 à minuit, suite à une dénonciation d’un employé, ils sont arrêtés.
La police allemande perquisitionne le Musée de l’Homme et démantèle le réseau. Le 7 février 1942, dix membres du réseau sont condamnés à mort, mais les 3 femmes, dont Yvonne Oddon, seront graciées et déportées en Allemagne. Après avoir connu diverses prisons pour femmes, Yvonne est finalement emmenée au camp de Ravensbrück le 20 novembre 1944. Là elle survit comme elle peut, apportant un témoignage poignant de tout ce qu’elle a vécu.
Elle a été libérée par la Croix-Rouge internationale, et, à la suite d’un échange négocié entre la Croix-Rouge et Himmler, elle arrive à Paris le 14 avril 1945.
Après la guerre, sous l’égide de l’UNESCO, elle sera chargée de nombreuses missions.
Elle revient fréquemment dans le Diois où elle crée, en 1946, l’association pour la lecture populaire Diois-Vercors. En un an, la bibliothèque circulante alimente 25 centres ruraux.
Yvonne Oddon meurt en 1982 et repose, selon ses vœux, au milieu des vignes, à Menglon, berceau de sa famille.

 

 
 

Kiki Latry
Jean Buisson

Bourguignonne d’origine, Antoinette Dubois vit dans la Drôme depuis plus d’un demi siècle. Cette employée des P.T.T. à Autun a très mal vécu la débâcle qui heurtait ses fortes convictions patriotiques.
Antoinette Dubois connaissait Roger Latry, déjà engagé dans la Résistance et responsable d’un réseau de renseignements, put lui apporter une précieuse collaboration.
Le 8 octobre 1943, Roger Latry est arrêté et incarcéré à la prison d’Autun, puis à celle de Chalon-sur-Saône. Le 23, c’est au tour d’Antoinette Dubois.
Puis c’est le départ pour l’Allemagne et, curieuse coïncidence, ils se retrouvent dans le même convoi. Antoinette, après trois jours de voyage, se retrouve à Ravensbrück où elle commence sa périlleuse vie de déportée, sous le numéro 27 387.
Malgré les conditions de vie effroyables, elle trouve l’énergie de résister et d’aider les autres. C’est dans ce camp qu’elle rencontre Geneviève De Gaulle, nièce du général.
Le 8 mai 1945, c’est enfin la libération par l’armée américaine.
Antoinette retrouvera Roger Latry à Autun. Ils se marient en septembre 1945.
Après un séjour en Angleterre, les Latry prennent, en 1950, la direction de l’hôtel de l’Europe à Valence, puis du Relais de l’Empereur à Montélimar.
Ils on fondé l’UNADIF, association de déportés-résistants et trouvent là le moyen d’exprimer leur fidélité en amitié en accueillant généreusement tous les « compagnons » d’infortune qu’ils peuvent retrouver.
Madame Latry a reçu la Médaille militaire en 1970, Croix de guerre avec palme, Médaille de la Résistance. Elle reçut la Légion d’Honneur en 1978, dans les salons du Relais de l’Empereur, devant de nombreux résistants.
Madame Latry est une grande dame.

 

 

Madame Latry vient de recevoir la Légion d'honneur, en 1978
 
   

Nancy Bertrand
Robert Serre


Née à Gigors (Drôme), le 10 janvier 1902, marchande de chaussures à Crest.
Elle a rendu, très discrètement, d'inestimables services à la Résistance, en servant d'agent de liaison, grace à sa connaissance parfaite de la région.
C'est d'ailleurs au cours d'une de ces missions, au moment où elle s'apprêtait à passer les lignes, qu'elle fut arrêtée par des miliciens le jeudi 3 août 1944. Sans jugement aucun, en pleine nuit, elle fut amenée dans un champ du quartier Leyronnat, au sud de Crest, et sauvagement assassinée sur l'ordre du major allemand Haverland, Son corps ne fut retrouvé que plusieurs jours après,
Ses obsèques, le 9 août dans son village natal de Gigors, furent suivies par une énorme affluence.

Le conseil municipal de Crest, dans sa séance du 13 décembre 1944, a donné son nom à une rue de la ville, et une souscription a permis d'ériger sur sa tombe une pierre commémorative.

 

 
 

Jeanne Barnier, une Juste
Jacques Delatour

Une carrière tranquille de fonctionnaire municipal attendait Jeanne Barnier lorsqu'elle entra, le 1er avril 1939, à la mairie de Dieulefit. Mais dès le début septembre, le maire décida d'accueillir 30 femmes de Républicains espagnols avec leurs enfants : un baptême du feu pour Jeanne Barnier.
En mai 1940, ce n'étaient plus 30 mais 1200 personnes qu'il fallut accueillir.
Très vite, Dieulefit devint lieu de refuge pour de nombreuses personnes traquées.

Marguerite Soubeyran, qui avait créé avant guerre avec Catherine Kraft, l'école de Beauvallon, et qui disposait d'une ferme où elle logeait des fugitifs, vint contacter Jeanne Barnier et lui demanda de fabriquer de fausses cartes d'identité. Très bouleversée, comme elle le dit elle-même : « on m'avait appris à dire la vérité », elle établit alors la première d'une longue série.
Très artisanales au début, la technique se perfectionna ensuite et , en quatre ans, des centaines de cartes ont été mises en circulation dans de nombreuses régions de France.
Le maire nommé par Vichy, un colonel intègre et très strict, était-il au courant ? En tout cas à Dieulefit personne ne dénonça personne. Les gendarmes apportaient même une aide discrète.

Si, pour reprendre le propos d'Élie Wiesel, « Quiconque sauve une vie sauve l'humanité toute entière », alors Jeanne Barnier a certainement sauvé l'humanité...

En 1970, la République l'a faite chevalier de la Légion d'honneur et l'État d'Israël l'a élevée au rang des Justes. Une place de Dieulefit porte son nom.

 

Jeanne Barnier