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Femmes de la Drôme : "Historiques"

Différents auteurs

 

Ed. A.U.E.D Valence, Études Drômoises, revue trimestrielle, numéro N°26 de juin 2006

 

Phélise Reynard  par Claudine Pélissier
Diane de Poitiers par Marylène Marcel-Ponthier
Margot Delaye par Marylène Marcel-Ponthier
La comtesse de Grignan  parJacques Delatour
La mère Louison par Marylène Marcel-Ponthier
Denise Peysson  Par Robert Serre
Marie Tournillon par Jean Laget

 

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Phélise Reynard
Claudine Pélissie

Le dauphin Louis, futur roi Louis XI, a probablement rencontré la Dioise Phélise Reynard dès son arrivée en Dauphiné, en 1447. La famille Reynard, ancienne et riche famille du Diois, a sans doute consenti un prêt au futur roi, ce qui peut expliquer la rencontre.
Bien que mariée au fils d’un notaire grenoblois, Phélise devint la favorite du Dauphin Louis, ce qui entraîna rapidement pour toute sa famille un certain nombre de « largesses » princières.
Deux filles naquirent des amours de notre Dioise et du futur Louis XI et reçurent la meilleure éducation.
Louis, qui avait épousé Charlotte de Savoie contre l’avis de son père, dut fuir et se réfugier chez le Duc de Bourgogne pour échapper aux représailles paternelles. Tous ceux qui l’avaient soutenu, dont les Reynard, durent rentrer dans l’ombre jusqu’à la mort de Charles VII, en 1461.
Dès son accession au trône sous le nom de Louis XI, le roi, qui n’avait pas oublié ceux qui l’avaient soutenu, reprit sous son aile Phélise et sa famille. Il organisa, pour les deux filles nées de leurs amours, d’excellents mariages et veilla à ce qu’elles ne manquent de rien.
Phélise ne revint, semble-t-il, jamais dans son Diois natal et s’éteignit le 12 janvier 1475.

 

 
 

Diane de Poitiers
 

Diane de Poitiers
Marylène Marcel-Ponthier

Fille de Jean de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, elle est sans doute née à Étoile car sa vie durant, et jusque dans son testament, elle portera le titre de « dame d’Étoile ».
De sept à quatorze ans, elle vit à Saint-Vallier, qu’elle quitte pour épouser Louis de Brèze, grand sénéchal de Normandie, qui lui fait connaître la cour de France.
Elle rencontre pour la première fois le futur Henri II en 1526, il n’a que 7 ans et elle 27.
Son époux décède en 1531, et six ans plus tard, en 1537, elle devient la maîtresse de celui qui ne règnera qu’ en 1547 ; c’est alors une femme d’une grande beauté la reine Catherine de Médicis doit tolérer cette favorite à qui son époux ne refuse rien, à tel point qu’elle passe pour être la femme la plus riche du royaume : château d’Anet, de Chenonceaux, nombreuses terres…
Diane profite de sa position pour favoriser les artistes dont elle est le mécène, mais aussi pour obtenir le rétablissement du ducher de Valentinois en sa faveur !
À la mort accidentelle du roi à l’âge de quarante ans, après un court exil à Anet, elle revient dans son pays et se manifeste par diverses actions en faveur des populations.
Elle décède le 26 avril 1566, à 67 ans, encore très belle paraît-il

 

 
 

Margot Delaye
MarylèneMarcel-Ponthier

C’est durant la période des guerres de religion, vers 1570, que s’illustra cette jeune montilienne. L’armée protestante, sous la direction du comte Ludovic de Nassau, arrive devant Montélimar, ville tenue par les catholiques. La résistance s’organise et le siège commence. Mais, dès le 13 mai, Coligny ordonne de lever le siège, peut-être à cause de la vigoureuse résistance conduite par d’énergiques montiliennes.
Parmi celles-ci, Marguerite Ponsoye, dite Margot, dont le patronyme est peut-être celui de son mari…
Le Journal de Montélimar du 9 janvier 1909, sous la plume de Bourron, se demande : « Qu’est-ce donc que cette énigmatique Margot Delaye ? Sauva-t-elle réellement le vieux Montélimar ? La légende dit oui, les archives communales sont moins affirmatives… »
Comme dans toute légende, il y a du vrai et du faux, mais les éléments concrets et vérifiés font cruellement défaut.
Mais qu’importe ! Peut-être faut-il y voir, plutôt qu’un hommage à l’énigmatique Margot, un hymne à toutes les femmes courageuses qui ont eu, et qui auront encore, l’âme guerrière.

 


Margot Delaye

 

 
 

La comtesse de Grignan
 

La comtesse de Grignan
Jacques Delatour

Si la marquise de Sévigné n’a passé que peu de temps à Grignan, sa fille, Françoise de Sévigné a séjourné la plus grande partie de sa vie dans notre département.
Cet éloignement a provoqué l’abondante correspondance que nous connaissons et qui a été sauvée de la destruction.
Françoise de Sévigné est née à Paris le 10 octobre 1646. C’était une belle femme, blonde aux yeux bleus, dont le peintre Mignard a réalisé un portrait qu’on peut voir au musée Carnavalet.Intelligente et cultivée, elle aimait lire : Racine, Molière, Saint Augustin et des auteurs italiens dans le texte.
Elle attendit l’âge de 23 ans pour que sa mère lui trouve un mari, son cousin, le comte de Grignan, descendant des Adhémar, un militaire apprécié qui résidait à Aix où il présidait avec talent les Etats de la province. Voulant assurer une descendance, ce que ses deux premières femmes n’avaient pu faire, il accabla si bien sa femme de ses ardeurs qu’en six ans elle accoucha de six enfants. Cependant l’amour maternel n’était pas le fort de leur mère.
L’aînée fut une fille, Marie-Blanche, placée à six ans au couvent de la Visitation à Aix, dont elle ne sortit jamais et où elle ne reçut de visites que de sa grand-mère.
Le garçon qui suivit, Louis-Provence, malingre et timide, se retrouva très jeune dans l’armée où on lui acheta une compagnie. Lui aussi ne donnait des nouvelles qu’à sa seule grand-mère.
La deuxième fille, Pauline, gracieuse et jolie, fut néanmoins placée elle aussi à six ans au couvent. Elle épousa Louis de Simiane, lequel bénéficia de l’héritage des Grignan, mais aussi de leurs dettes.
Si l’amour maternel de Madame de Grignan n’était pas son fort, l’amour filial ne l’était pas davantage ! « Madame de Sévigné mourut chez sa fille qui était son idole et qui le méritait médiocrement. » écrit Saint-Simon.
La vie de la comtesse, que l’on connaît surtout par les lettres de Mme de Sévigné, a été la vie très ordinaire d’une femme noble de province : quelques voyages et un train de vie confortable, bonne chère, réceptions, spectacles. Et les lettres régulières de Mme de Sévigné qui apportaient les nouvelles de la vie parisienne.
Mme de Grignan mourut en 1705, à l’âge de 59 ans, « »peu regrettée de son mari, de sa famille et des provençaux » écrivit Saint-Simon qui avait la plume acerbe.

 

 
 

La mère Louison
Marylène Marcel-Ponthier

Le Journal de Montélimar relate cette histoire qui se déroule entre la fin du XIXe et le début du XX℮ siècle. Les articles cités ne peuvent être transcrits ici dans leur intégralité, mais ils méritent d’être lus car la plume est alerte et humoristique !
Il ressort que si l’influenza, cette désagréable indisposition, sévit à Montélimar, cela est dû au manque de lavoirs ! Et l’on est surpris d’apprendre que vers 1890 aucun lavoir n’existe à Montélimar. Dix ans plus tard, vers 1900, la présidente des blanchisseuses de la ville, la mère Louison – ancienne cantinière au 31 éme Dragons – harangue longuement ses ouailles en des termes croustillants que vous apprécierez en lisant l’article !
Mais durant les mois qui suivent, les conseillers font la sourde oreille et même, deux ans plus tard, votent une subvention pour un concours musical suivi d’un banquet de 1000 couverts.
C’en est trop pour cette femme énergique qui, malgré les supplications des membres de la corporation des blanchisseuses, décide irrévocablement de « passer armes et bagages chez les Boers », ce qu’elle réalise illico !
Le journal du 16 août 1902 donne la suite de cette histoire et publie la lettre ouverte adressée au journal par la nouvelle présidente : « la mère Louison… enrôlée dans un commando de Boers… fut capturée par les Anglais et brûlée vive, comme autrefois la pucelle d’Orléans. »
Pauvre Louison, brûlée vive comme son idole.
Elle s’est sans doute retournée dans sa tombe lorsque, le 26 juin 1903, le conseiller municipal Reboul a demandé que les fonds votés pour la toiture du Lavoir Saint-Lazare qui n’avait pas été exécutée, soient affectés à la création d’un… abreuvoir !

 

 

Le lavoir Saint-Lazare, au nord de Montélimar
 
 

Crest : monument aux insurgés de 1851
 

 

Denise Peysson (1823 – 1894)
Insurgée de 1851 à Crest

Robert Serre

Née le 19 juillet 1823 à Grâne, fille de propriétaires aisés, elle épouse à 20 ans Adrien Peysson, dont elle aura quatre enfants.
La fusillade du 7 juin 1851 au hameau de Combemaure entraîne l’occupation de Grâne pendant plus de trois semaines par la troupe. Mais parmi ceux-ci, certains ayant conservé leurs sentiments républicains, établissent des contacts avec les démocrates Grânois. Une réunion secrète, à laquelle participent plusieurs membres de la famille de Denise, est organisée. Mais, le 23 août 1851, suite à une dénonciation, la ferme est investie et une bonne partie des participants est prise et sévèrement condamnée.
Le 6 décembre 1851, quatre jours après le coup d’état de Louis Napoléon, le soulèvement se déclenche dans la Drôme, à Grâne en particulier. Un grand nombre d’habitants, parmi lesquels beaucoup de femmes, se regroupent, s’arment comme ils peuvent et se dirigent vers Crest. Mais c’est un échec, et commence alors la « chasse à l’homme » avec des troupes importantes aidées par la police et la gendarmerie. Au 30 décembre, 457 personnes sont détenues à la tour de Crest, dont 6 femmes et Denise Peysson.
Finalement, les Peysson se retrouvent en Suisse, à Genève, où ils ouvrent un restaurant qui accueillera d’autres Grânois en fuite. En 1856, Denise revient à Grâne, quatre ans avant son époux. Après la chute de Napoléon III et le rétablissement de la République, Denise touche une pension comme victime du coup d’État. En 1879, elle se lance encore dans la création d’une « Chambre syndicale des ouvrières réunies de Valence », essai novateur mais éphémère.
Elle meurt à Bourg-lès-Valence, le 29 mars 1894.

Les femmes ont eu, dans ce soulèvement, une participation bien plus importante que ne l’indiquent les documents. Seules les plus « coriaces » ont laissé des traces, mais beaucoup ont lutté énergiquement, encourageant leurs maris, se démenant pour les faire libérer ou tout simplement assumant seules la survie de la famille.

 

 
 

Marie Tournillon
Guerre de 14 - 18
Jean Laget

« …Debout donc, femmes françaises, jeunes enfants, fils et filles de la Patrie, remplacez sur le champ de travail ceux qui sont sur le champ de bataille. »
Extrait de l’appel lancé par voie d’affiches aux femmes de France par le président du conseil René Viviani.
Et leur mérite a parfois été reconnu comme le montre le diplôme d’honneur accordé par la Société des agriculteurs de la Drôme à une modeste paysanne d’Eyzahut, Marie Tournillon.
Cette société, crée en 1908, s’était donné pour but de « seconder le développement de l’agriculture dans la circonscription qu’elle embrasse ».
En 1916, le président Auguste Thézier soumet un projet de concours et de récompense en faveur des femmes. Le 25 février 1918, la Société déclarait avoir remis 1800 diplômes d’honneur aux femmes d’agriculteurs mobilisés dans la Drôme.
De grande dimensions (60 x 50 cm), le diplôme fait manifestement penser à la semeuse du médailler Roty, mais la femme représente la paysanne drômoise en sabots, forte et résolue, qui lance à la volée le grain des moissons futures.
Le 1er mars 1918, Marie Tournillon recevait le diplôme des mains du maire. Distinction très méritée, au dire de la doyenne du village qui l’a bien connue.

 

 

Le diplôme de Marie Tournillon