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LOUIS ARAGON, ELSA TRIOLET
EMMANUEL MOUNIER, dans la clandestinité

Ouvrage collectif

Ed. A.U.E.D Valence, Études Drômoises, revue trimestrielle, numéro spécial, N°7 octobre 2001
 

Le sommaire du numéro spécial d'Études Drômoises (48 pages) comprend les articles suivants :

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Mes premières rencontres avec Aragon. Par Jean Ferrat

La première rencontre entre Aragon et Jean Ferrat a été décevante pour le chanteur qui venait de mettre en musique un des poèmes de l'écrivain. La deuxième rencontre a lieu après la mise en musique de Les yeux d'Elsa.
Le vrai contact s'est produit en 1960 quand Jean Ferrat a publié Les Poètes dans lequel il a mis en musique J'entends, j'entends. Il est allé le voir à son domicile rue de Varennes. Ensuite, il a mis en musique de nombreux poèmes et ainsi Aragon l'a accompagné toute sa vie. D'ailleurs, en 1995, il a sorti un disque composé uniquement de poèmes d'Aragon.

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Louis Aragon et Elsa Triolet, itinéraires et combats. Par Jean Albertini

Cet article situe les séjours drômois de L. Aragon et E. Triolet dans un contexte plus général et il permet de comprendre pourquoi et comment ces séjours ont de l'importance dans leurs œuvres et dans l'histoire de la Résistance intellectuelle française.
Aragon, sans doute le plus important des écrivains français du XXe siècle, comparable à Victor Hugo pour le XIXe siècle reste encore trop ignoré. Les choses sont encore bien pires pour Elsa Triolet.
Né le 3 octobre 1997 de " parents non dénommés ", dans une famille bourgeoise, Aragon est élevé par sa mère qui lui disait être sa sœur aînée. Il a 16 ans lorsque la guerre éclate, il entreprend des études de médecine. Mobilisé en 1917, il devient médecin auxiliaire sur le front. Sa conduite héroïque lui vaut la croix de guerre.
Pendant la guerre, il s'est pris d'amitié pour André Breton. Jusqu'en 1932, ils animent le mouvement Dada, puis le mouvement surréaliste. Plusieurs œuvres datent de cette époque. Il écrit aussi une œuvre énorme, La défense de l'infini dont il brûlera la plus grande part en novembre 1927. C'est la période où il est avec Nancy Cunard qu'il aima follement. Il est alors dans une période de révolte, tente de se suicider. De nombreux poèmes disent bien cette révolte. Il adhère au Parti communiste français en 1927.
En 1928, il rencontre Elsa qui avait été mariée avec André Triolet. L'amour et la vie commune, après des débuts un peu difficiles, vont unir leurs destins pour les 42 ans qui suivent
Après la rupture avec les surréalistes en 1932, Aragon a une activité de plus en plus importante au sein de l'Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires et du Parti communiste. Ses œuvres d'alors en portent la marque. Aragon crée, avec Jean-Richard Bloch, le journal Ce soir.
Elsa qui a écrit plusieurs ouvrages en russe, commence à écrire en français en 1928.
Aragon est mobilisé le 2 septembre 1939 (2 croix de guerre et médaille militaire). Démobilisé en 1940, commence la période de la Contrebande suivie de celle de la clandestinité, Nice (où ils rencontrent Matisse), région de Dieulefit, Lyon puis Saint-Donat (Drôme). Chargés de nombreuses activités clandestines, Elsa et Aragon continuent d'écrire.
Après la guerre, la lutte et l'écriture vont continuer à visage découvert. Les deux œuvres vont se développer impétueusement : romans, traductions, essais pour Elsa ; romans, poèmes, essais, journalisme, histoire pour Louis. Elsa meurt en 1972, Louis en 1982.

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Louis Aragon et Elsa Triolet à Dieulefit. Par Bernard-Marie Despesse

Après l'occupation de la zone Sud, en novembre 1942, Elsa Triolet et Aragon se cachent à plusieurs reprises dans la région de Dieulefit dans le sud de la Drôme où se cachent aussi de nombreux écrivains.
À Dieulefit, trois femmes, protestantes, responsables de l'école de Beauvallon, jouent un rôle prépondérant dans ces accueils : Marguerite Soubeyrand, fondatrice de l'école, Catherine Krafft et Simone Monnier, toutes deux d'origine suisse. Le climat de l'école était favorable à l'accueil, dès le début de la guerre, des enfants et professeurs pourchassés. Aragon y rencontre à plusieurs reprises Pierre Emmanuel.
En novembre 1942, Elsa et Aragon se cachent à la ferme du Lauzas, à 4 km de l'école, entre Vesc et Comps, à 720 m d'altitude, qu'ils partagent avec deux communistes allemands condamnés par les nazis, dans des conditions matérielles très difficiles, froid, neige, rats, isolement. Ils quittent cette planque le 31 décembre 1942 et se rendent à Lyon chez René Tavernier.

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À Dieulefit, 53 ans après, le souvenir d'Emmanuel Mounier. Par Jean-William Lapierre

Emmanuel et Paulette Mounier vécurent de décembre 1942 à septembre 1944 dans la pension Beauvallon créée à côté de l'école du même nom après plusieurs internements à Clermont-Ferrand, Vals-les-Bains, Lyon. Grâce à pierre Emmanuel, ils trouvèrent ce lieu de retraite où ils cohabitaient avec la journaliste Andrée Violis et d'autres intellectuels opposants à la politique vichyssoise. C'est là qu'Emmanuel Mounier rencontra Aragon et Elsa Triolet.
Jeanne Barnier, secrétaire de mairie à Dieulefit, procurait de faux papiers à ceux qui en avaient besoin. Emmanuel Mounier liait des contacts avec les habitants de Dieulefit, notamment François Soubeyrand qui est devenu, de 1945 à 1982, un des chanteurs du groupe Les Frères Jacques.
On verra dans l'article comment l'Abwehr envoya un faux dentiste à Dieulefit pour infiltrer ce groupe d'intellectuels résistants.

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                  Mady Chancel                                          Portrait de Louis Aragon
                                                                                      par Henri Matisse

 

  

Deux dédicaces...

 

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Louis Aragon et Elsa Triolet, Jean et Mady Chancel, de vrais amis.
Entretiens entre Mady Chancel et Jean Sauvageon.

Mady Chancel est l'épouse de Jean Chancel, le pharmacien de Saint-Donat, décédé en 1953, qui a été l'un des responsables de la Résistance dans ce nord du département de la Drôme. Bien qu'affilié à l'AS, Jean Chancel, catholique, avait d'excellents rapports avec l'autre courant de la Résistance, les FTPF.
Mady Chancel - 90 ans en 2000, au moment des entretiens - nous explique comment et pourquoi ils se sont engagés très tôt dans la résistance ayant déjà une bonne connaissance des méfaits du nazisme, en Allemagne, avant la guerre. Avec l'aide de son frère Michel Lémonon, alors vicaire à Romans, ils ont accueilli et caché des Juifs.
Louis Aragon et Elsa Triolet arrivent à St-Donat le 1er juillet 1943 et s'installent dans la maison de Claire Bret, à une centaine de mètres de la pharmacie Chancel, sous le nom de Andrieux. Grâce à un faux préparateur caché chez eux, ils reconnaissent rapidement Louis Aragon et entrent en contact avec le couple d'écrivains.
À partir de là, ils se sont rencontrés tous les jours, sont devenus de vrais amis avec des discussions très intéressantes entre ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyaient pas.
Mady Chancel explique quelles étaient les missions d'Aragon, l'organisation des intellectuels de la zone sud, écrivains, médecins, juristes, etc, ce qui amenait Louis et Elsa à des déplacements toujours dangereux. Elle parle des visites de Georges Sadoul, puis après la libération de Pierre Emmanuel, Paul Éluard, Jean Cassou. Après le débarquement des Alliés, Elsa et Louis Aragon créebt le journal La Drôme en armes. Les autres habitants de Saint-Donat ne connaissaient que M. et Mme Andrieux, sauf la mère de l'actrice Loleh Bellon, réfugiée dans la région, qui les avait reconnus.
Le village de Saint-Donat a été victime d'une expédition punitive le 15 juin 1944 que Mady Chancel évoque avec beaucoup d'émotion. Aragon et Elsa ont pu s'échapper, mais les Allemands ont pillé, massacré, violé de nombreuses femmes. Parmi elles, la fille de Jean et Mady Chancel qui avait 13 ans et qui en est morte. Cet évènement a inspiré à Aragon le poème D'une petite fille massacrée.
Elle raconte comment son mari et Aragon ont sauvé un prisonnier allemand d'une justice un peu trop expéditive.
Aragon et Elsa ont quitté Saint-Donat au début de septembre 1944. Ce séjour est rappelé par une plaque apposée sur la maison où ils ont vécu plus de 14 mois. On retrouve des évocations de Saint-Donat dans plusieurs ouvrages de Louis Aragon et Elsa Triolet, même si le nom du village est modifié. Une séquence du film de Pierre Seghers de 1972 - Quand l'orage a passé -, où Aragon s'entretient avec Mady Chancel, marque ce séjour donatien.
Après la guerre, l'amitié entre Elsa, surtout, et Mady a continué par des visites réciproques, des lettres et de très nombreuses et touchantes dédicaces sur les livres que les deux écrivains n'oubliaient pas d'envoyer à leur amie.
Au cours de l'entretien, Mady Chancel parle de l'oeuvre des deux écrivains.




Fausse carte d'identité délivrée à Louis Aragon par la Préfecture de Haute-Garonne,
le 15 mars 1943


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Louis Aragon et Elsa Triolet. Par Michel Bret.

Michel Bret est le fils de Claire Bret qui a accueilli le couple " Andrieux " dans sa maison de Saint-Donat. Son mari était alors prisonnier en Allemagne. Michel avait 5-6 ans à cette époque. La famille de Claire Bret, les Nivon, était de gauche et engagée dans la résistance.
Le couple Louis Aragon-Elsa Triolet, sous le nom d'Élisabeth et Lucien Andrieux, s'installe dans la maison de la rue Pasteur à Saint-Donat, le 1er juillet 1943. Ils ont de bons rapports avec le voisinage qui ignore leur véritable identité. Claire Bret leur apporte des provisions toutes les semaines. Aragon se déplaçait beaucoup soit pour ses activités, il allait à pied à Romans à 12 km, soit pour se détendre dans la campagne environnantes.
Aragon et Elsa ont assisté au moins à un parachutage qu'Elsa évoque dans la nouvelle Le premier accroc coûte deux cents francs. Michel Bret évoque aussi l'opération punitive du 15 juin 1944. Il raconte aussi les visites du couple chez ses grands-parents à Saint-Martin-d'Août, à quelques kilomètres de Saint-Donat et dit l'amitié qui subsista après la guerre entre Elsa, Aragon, mady Chancel et Claire Bret.
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Un texte d'Aragon, Le Rendez-vous de Valence
Présenté et commenté par Bernard-Marie Despesse.


Ce texte est la préface d'un livre, Cimetières sans tombeaux, de Gilbert Dreyfus - signé Gilbert Debrise, son pseudonyme de résistant - paru en décembre 1945.
Ce texte raconte la rencontre clandestine entre Aragon et Gilbert Dreyfus, au parc Jouvet, à Valence au cours de laquelle Louis confie la mission à ce jeune médecin des Hôpitaux de Paris d'organiser un réseau de médecins. On y voit le camouflage, la peur d'être reconnu par Mady Chancel même, présente dans le parc avec ses filles, la crainte d'être repéré par un individu, certainement paisible promeneur, les signes de reconnaissance pour le rende-vous, les mots de passe... Outre cet environnement de la clandestinité et du rendez-vous secret, Aragon décrit avec délicatesse ce parc magnifique de la ville de Valence.
La discussion entre Andrieux et Debrise permet de balayer les réticences de ce dernier qui aurait préféré se voir confier une mission plus active et plus périlleuse. Debrise, par la suite, a été arrêté et déporté à Mauthausen.
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Agent de liaison de Louis Aragon.
D'après un entretien entre René Montlahuc et Jean Sauvageon.


René Montlahuc était jeune instituteur à Saint-Donat. Il avait des contacts avec des résistants. L'un d'eux le mit en rapport avec Andrieux qui lui confia diverses missions. Aragon l'envoya plusieurs fois, en vélo, à Dieulefit pour porter des messages à ses amis écrivains, notamment Andrée Violis, réfugiés dans cette commune de la Drôme du sud. Il lui demanda d'aller aussi dans la région du Diois faire un reportage sur les maquis FTP de cette région pour le journal La Drôme en armes. René Montlahuc ne put revenir que 3 semaines plus tard, bloqué par l'offensive allemande dans le Vercors.
René Montlahuc parle de ses contacts, de ses discussions avec Aragon et Elsa, des plats qu'elle confectionnait pour les repas qu'il y prenait.
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Un radio devenu chauffeur. Entretien entre Pierre Lenoir et Jean Sauvageon

Les pérégrinations de la Drôle de Guerre ont amené Pierre Lenoir, Parisien d'origine, à Saint-Donat en 1940. Spécialiste de radio, il a été un de ceux qui avait entendu l'appel du 18 juin 1940. Après un bref retour dans la région parisienne pour ne pas répondre au STO, il revient à Saint-Donat où il fait profiter le maquis de ses compétences professionnelles pour dépanner les postes de radio parachutés.
Lorsque Aragon a créé La Drôme en armes, il recherchait un chauffeur pour assurer la distribution du journal dans le département. C'est Pierre Lenoir qui a remis en état une voiture de son oncle et Jean Chancel qui a bricolé un mélange de carburant d'une composition originale pour la faire fonctionner.
Ainsi, Louis Argon, Elsa Triolet et Jean Bonfils, l'homme de confiance d'Aragon, conduit par Pierre Lenoir ont pu ainsi distribuer le journal malgré les risques et la présence des Allemands pour les premiers numéros.
Pierre Lenoir a également effectué d'autres missions : recherche de renseignements, port de messages…

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Le Journal " La Drôme en armes ". Par Jean Albertini

La Drôme en armes a été créé par Louis Aragon et Elsa Triolet à Saint-Donat. Cinq numéros ont été édités. Le premier, daté du 10 juin 1944, est écrit de la main d'Elsa, a été tiré à Saint-Donat, sur un nardigraphe. Les autres ont été tirés à l'imprimerie Gerin à Saint-Donat et sont datés du 10 juillet, 1er août, 26 août et 5 septembre 1944..
Jean Albertini nous livre la première étude de ce journal dont Yves Farge avait dit que c'était le meilleur journal de la Résistance. Il en analyse le contenu. La structure générale des 5 numéros est la même, elle s'organise autour d'un éditorial qui traduit les impératifs résistants et déjà politiques de l'heure. Il est entouré de nouvelles générales de le guerre dans le monde et d'une chronique des combats et exactions nazies dans la région, de l'avancée des troupes américaines… Un appel constant est fait à l'exactitude des nouvelles transmises.
La nécessité de ce journal est capitale pour contrer la presse collaboratrice qui distille le poison de la propagande ennemie.
Certains articles du n° 4, paru après la Libération, sont signés par Elsa, Andrée, P.-M. Dornic, Aragon. Viollis, Alain Borne. La Une rend hommage à Jean Prévost après son assassinat à Sassenage. Des articles évoquent le Dr Bourdongle de Nyons, assassiné le 19 mars par les Allemands.. Cet épisode a servi, plus tard, à Aragon pour la nouvelle Le droit romain n'est plus.
Suivent 3 pages de fac-similé de La Drôme en armes.

La Drôme en armes (manuscrit par Elsa Triolet)

La Drôme en armes (Éditoriaux des N° 1 et 2)

La Drôme en armes (Extraits du N°4 du 5 septembre 1944)