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La véritable histoire d'Amos de Ferre

Par Françoise de Bouillane

Ed. AUED, Valence, Études drômoises, revue trimestrielle,
n°34 de juin 2008 pages 18 à 21

Résumé d'après l'article

 
 
            Carte des environs de Poët-Laval montrant l'emplacement de Salecru
 

 

 

Amos de Ferre descend d’une dynastie de verriers italiens, les Ferri, protégés puis anoblis vers 1470 par René d’Anjou - le Roi René -  lorsqu’ils vinrent s’installer en Provence. Amos, né vers 1635, est le fils cadet de Gaspard de Ferre, verrier à Réauville.

Après son mariage avec Geneviève de Boing, il crée une verrerie sur les terres héritées de son beau-père, sur la rive droite du Jabron, peut-être à Salecru dans la Combe Saint-Martin. Bien loin d’avoir une nombreuse famille, il n’aura qu’un seul fils, Gaspard, sieur de Pierrebrune, et deux filles, mortes jeunes. D’après ce que révèlent un certain nombre d’actes notariés concernant Amos de Ferre, il ne paraît doué ni en affaires ni comme verrier. Lorsqu’il meurt en 1705 au Poët-Laval,  il est enterré en terre profane, malgré sa qualité de « nouveau converti ».

 

 

 

 

 

Qu’en est-il alors de la légende du vieil Amos de Ferre et de l’école de prophétie qu’on l’a accusé de tenir à la verrerie de Salecru ?
On sait que le mouvement du prophétisme en Dauphiné part, dans la nuit du 3 février 1688, d’une crise de somnambulisme d’une bergère de dix-sept ans, Isabeau Vincent, de Saoû. Son exemple se répand comme une traînée de poudre, « les petits prophètes » se multiplient, leurs prêches se font de plus en plus violents : la contagion se répand en Dauphiné, en Vivarais, dans les Cévennes et jusqu’en Provence.
Cela déclanche une répression impitoyable et démesurée des autorités civiles et religieuses, qui pour la justifier, falsifient les faits, les enjolivent avec force détails qui s’avèreront inexacts et inventés.

 

Ruines, dans le bois de Salecru
 

Cette légende va être reprise d’auteur en auteur, pendant trois siècles, de Bayle à Michelet en passant par Voltaire, de théologien en historien puis en psychologue, conférant à Amos de Ferre et à sa famille une douteuse notoriété dont ils n’ont jamais été conscients.
Il est certain par ailleurs qu’Amos de Ferre a participé à ces assemblées du Désert qui se réunissaient sur la montagne de la Périère. Ces assemblées, provoquées plutôt  par une réaction spontanée dans un contexte de violences matérielles et spirituelles intolérables, étaient dominées par le mouvement de mysticisme prophétique qui a marqué cette époque.
Le pouvoir, comme il arrive bien souvent, a préféré y voir l’action d’un  « agent au service d’une puissance étrangère », mais il n’y eut jamais la moindre enquête menée sur place par les autorités civiles et religieuses pour étayer la réalité des accusations, ce qui prouve bien qu’elles-mêmes n’y croyaient pas !